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Brexit : la réalité derrière le théâtre politique

Editorial
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Emmanuel Sales, Président
03/09/2018
L’Angleterre serait-elle en train de réussir le Brexit ? Contrairement à toutes les prévisions des économistes officiels, complaisamment relayées par les médias dominants, l’économie britannique se porte mieux que la plupart de ses voisins européens.

Au dernier trimestre, la croissance a été de 0,4 %, contre 0,2 % pour la France, la moyenne de la zone euro s'établit à 0,3 %, toujours tirée par l'Allemagne, qui continue d'engranger les excédents commerciaux sans encourir l'appréciation de sa monnaie nationale. La Grande-Bretagne est en situation de plein emploi, avec le taux de chômage de longue durée le plus faible d'Europe ; son déficit extérieur s'améliore ; le sentiment économique y est meilleur qu'en zone euro. Qui aurait cru cela il y a deux ans ?

Nos dirigeants ont été aveuglés par l'idéologie. La construction d'un État "total", avec une monnaie neutre, un gouvernement selon des "règles", cet idéal kantien des hauts fonctionnaires germanophiles, si contraire au génie des Européens, s'est fracassée contre la réalité. Comme à chaque crise de son histoire, depuis les guerres napoléoniennes jusqu'à la sortie du système monétaire européen, l'Angleterre a profité de la baisse de la livre sterling, qui a contribué au rééquilibrage de l'économie en faveur du secteur industriel et permis l'amélioration des comptes extérieurs. Les forces productives du pays, ses ressources matérielles et morales, ont fait le reste.

Le Brexit, dur ou mou, en fait ne changera rien dans les relations entre le Royaume-Uni et le Continent. Imagine-t-on l'industrie automobile allemande privée de son premier marché d'exportation ? Les chaines de production d'Airbus (dont la Grande-Bretagne assure 20 % de la fabrication) interrompues ? Les grandes entreprises cotées coupées de l'accès au plus profond des marchés de capitaux au monde ?

Derrière le théâtre politique, les acteurs économiques commencent ainsi à mettre en place des coopérations de façon pragmatique. En Allemagne, la puissante association des constructeurs automobiles a mis en garde le gouvernement contre les risques d'un Brexit "dur" qui s'ajouterait aux sanctions américaines ; de même, sur les marchés de contrats dérivés, où Londres est de loin la première place de compensation, avec près d'un billion d'euros de transactions par jour, les risques de désorganisation conduisent la City et les autorités de régulation européennes à faciliter la continuité du marché ; dans le nucléaire, la défense, le domaine spatial, les coopérations en matière de recherche se poursuivent et transcendent les clivages.

Le bon sens et le pragmatisme commencent donc à prendre le pas sur l'idéologie. Dans cette phase, il est important de sauver les apparences. Après le régime prétorien imposé à la Grèce, la désinvolture avec laquelle a été traitée la situation italienne, la gestion hasardeuse de la crise migratoire, d'autres États de la zone euro pourraient s'inspirer de l'initiative britannique. Aussi est-il important de maintenir le scénario d'une Angleterre paupérisée, en voie d'implosion politique et sociale, sauvée in extremis par la politique de main tendue des "Européens".

La vérité, c'est que la Grande-Bretagne poursuit sur sa lancée. Elle continue de profiter d'une monnaie largement sous-évaluée. Elle bénéficie d'une banque centrale nationale qui a su accompagner les choix du pays, en baissant ses taux au bon moment, quitte à laisser filer l'inflation. Elle renforce ses liens avec les États-Unis, lance de nouveaux plans d'investissement et compte sur ses forces productives, son système de droit, ses relations avec le Commonwealth, pour tracer son chemin. Un modèle aux antipodes du centralisme bureaucratique continental.

De leur côté, nos dirigeants restent toujours dépendants de schémas intellectuels des années 1980 : l'homogénéisation des normes, la réduction de la dette par la contraction de la demande interne, le ciblage de la politique monétaire sur l'inflation, l'obsession de la coopération avec l'Allemagne, etc. Pour sortir de la logique délétère qui bride les consciences européennes et les empêche d'agir, il faudra renverser de nombreux totems...

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