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FDC Transatlantique fête ses 3 ans - Interview du gérant Bruno Demontrond

Le fonds FDC Transatlantique, lancé en octobre 2014 par la Financière de la Cité, a fêté ses 3 ans le mois dernier. Nous avons posé quelques questions à Bruno Demontrond, Responsable de la gestion actions internationales à la Financière de la Cité et gérant du fonds depuis son lancement.

Pour commencer, pouvez-vous nous présenter le fonds FDC Transatlantique ?

Nous avons lancé le fonds FDC Transatlantique à la fin du mois d'octobre 2014 suite à mon arrivée à la Financière de la Cité. Principalement investi sur les actions des marchés américains et européens, le fonds n'a pas de contrainte de style, de pondération géographique ou sectorielle. Nous avons souhaité créer un fonds capable de s'adapter à l'évolution des marchés, sans contraintes particulières, et nous nous sommes fixés comme objectif de surperformer l'indice MSCI AC World dividendes nets réinvestis en euros sur un horizon d'investissement de 5 ans.

Créer un fonds comme FDC Transatlantique s'inscrivait dans une certaine continuité pour moi, possédant une longue expérience en gestion de portefeuilles d'actions mondiales. Au sein de ma précédente maison, j'étais notamment en charge d'un fonds d'actions internationales de style « relative value », que j'ai géré depuis sa création en 2003.

Pourquoi avoir lancé un fonds investi sur les marchés actions américains et européens ?

Nous avons lancé FDC Transatlantique dans l'optique d'avoir un fonds capable de tirer profit des décalages de cycles entre les marchés américains et européens, qu'ils soient économiques comme nous pouvions l'observer au moment du lancement du fonds mais également monétaires, à la vue de leur différence en termes de « culture monétaire » avec des institutions très différentes. Enfin, nous cherchons à bénéficier de leur complémentarité au niveau des styles ou des secteurs.

En termes de cycles, nous cherchons à profiter de la visibilité de la croissance économique américaine – la dynamique de la croissance économique américaine demeurant le principal facteur de soutien aux marchés actions – et de la capacité de rebond du cycle européen.

Egalement, la profondeur du marché des actions américaines et la procyclicité du marché européen sont selon nous deux particularités attractives de ces marchés. Le marché américain offre davantage de liquidité que les bourses d'Europe continentale car il se développe dans un cadre institutionnel propice au développement des affaires et il est moins sensible aux chocs externes liés à l'évolution de l'environnement international. A l'inverse, le marché des actions européennes renferme plus de valeur du fait de l'exposition à la croissance internationale, de la situation financière des entreprises européennes, de la position de la BCE dans le cycle monétaire et des possibilités de rattrapage de la Zone euro en termes d'investissement et de consommation.

En termes sectoriels, nous accédons à un univers d'investissement fortement élargi, qui permet de construire un portefeuille plus diversifié et équilibré. Les Etats-Unis présentent d'importantes spécificités sectorielles par rapport à l'Europe. Ainsi, comme vous pouvez le voir dans les graphiques de la page suivante (voir document PDF), le secteur des technologies est particulièrement représenté sur les marchés d'actions US, alors que les secteurs du textile, de l'habillement et du luxe ou encore de l'automobile offrent au contraire une bien plus grande richesse en Europe.

Géographiquement, le fonds a vocation à être toujours investi sur les deux zones – Europe et Etats-Unis – nous permettant d'être bien exposés à la croissance mondiale, en captant la croissance spécifique aux deux zones. Depuis la création du fonds, trois principales périodes sont à distinguer en matière d'allocation géographique :

  • La phase initiale consécutive au lancement du fonds, durant laquelle les pondérations des Etats-Unis et de l'Europe étaient équilibrées ;
  • La période de janvier 2015 à l'été 2015, caractérisée par une nette sous-pondération de l'Europe en raison de la hausse des marchés d'actions européens constatée depuis fin octobre 2014, de l'inconnue grecque et de la perspective d'un resserrement de la politique monétaire américaine ;
  • La période allant du début de l'automne 2015 à aujourd'hui, marquée par un basculement puis une stabilisation de l'allocation au profit des valeurs européennes, justifiés par l'amélioration des statistiques économiques européennes ainsi que par la plus grande lisibilité des politiques monétaires de la Fed et de la BCE.

Pourriez-vous décrire votre processus d'investissement ?

Nous avons mis en place un processus d'investissement structuré, alliant approche macroéconomique dite « top-down » et approche fondamentale dite « bottom-up ».

L'exposition aux zones géographiques se fait selon l'appréhension du risque de marché et le niveau du cycle économique de chacune des zones. En fonction de l'analyse de l'environnement économique, nous identifions des thématiques d'investissement qui vont nous permettre de guider notre allocation sectorielle.

Dans un second temps, nous utilisons un système de « scoring » quantitatif que nous avons mis en place, et qui permet d'ordonner l'univers d'investissement selon différents critères en utilisant des facteurs de valorisation (PE, EV / CA, etc.), de rentabilité (ROE, EBITDA / CA, etc.) et de croissance (CA, etc.). La note obtenue permet d'avoir une idée de la qualité fondamentale de la société en comparaison de ses concurrents directs.

Ensuite, au sein des secteurs identifiés, nous sélectionnons des sociétés bénéficiant d'un catalyseur qui permettra une appréciation de leur cours. Nous rencontrons régulièrement des sociétés afin de pouvoir réaliser une analyse fondamentale approfondie. Au cours du 1er semestre 2017, nous avons participé à 23 réunions d'analystes et avons rencontré 41 équipes de dirigeants de sociétés.

Au final, nous sélectionnons une cinquantaine de titres apportant une réelle diversification géographique et sectorielle.

Quelles réflexions vous inspirent les niveaux actuels des marchés actions américains et européens ?

Tout d'abord, ces deux marchés n'ont pas été logés à la même enseigne. Les marchés d'actions américaines sont à des plus haut, allant de records en records, alors que les marchés d'actions européennes (hors dividendes) ne sont toujours pas revenus à leur niveau d'avant 2008.

De plus, la déformation sectorielle observée aux Etats-Unis au profit des valeurs de l'Internet biaise la lecture que pourrait avoir un investisseur s'il ne s'attachait qu'au niveau des indices. A titre d'exemple, le secteur énergétique a été complétement délaissé par le marché quand certaines valeurs du secteur technologique se payent plus de 40 fois la valeur des bénéfices et représentent près du quart de l'indice, à l'image d'Amazon ou de Nvidia.

Aujourd'hui, si nous prenons en compte la nouvelle donne monétaire, nous devrions assister à une évolution sectorielle. En période de baisse des prix, la logique veut que les sociétés à favoriser soient celles qui ont la capacité d'augmenter leurs prix (innovation, barrière à l'entrée). En période de retournement des prix à la hausse, il fait sens de se concentrer sur les entreprises qui sont capables d'augmenter leur volume dans un contexte de croissance économique dynamique.

Selon vous, avec un niveau de valorisation des marchés américains au plus haut actuellement, y a-t-il encore du potentiel à aller chercher sur cette zone ?

Nous pensons que nous ne pouvons pas regarder ces deux marchés de façon homogène. Si l'on regarde la valorisation des secteurs de croissance par rapport aux secteurs « value », l'écart de valorisation est à nouveau très important à l'image de ce que nous avons pu connaitre début 2016. L'écart de performance entre les deux styles, quant à lui, n'a jamais été aussi fort depuis l'année 2000.

Par ailleurs, et c'est d'autant plus vrai aux Etats-Unis, les valorisations des indices sont particulièrement tirées par les valeurs liées à Internet, qui se paient pour le coup très cher, comme expliqué précédemment.

Enfin, autre catégorie d'actions dont la valorisation est très élevée : les petites et moyennes capitalisations européennes. Ces sociétés ont en effet beaucoup profité de cadres fiscaux avantageux (ex. : PEA PME). Les actions se paient aujourd'hui plus cher que leurs comparables de grandes capitalisations, sans prendre en compte le risque de liquidité. 

Dans ce contexte, quels sont vos axes d'investissement actuels et comment ont-ils évolué depuis le lancement du fonds ?

Nos axes d'investissement ont beaucoup évolué depuis la création du fonds. Lors du lancement du fonds en octobre 2014, le fonds avait un profil d'investissement davantage orienté « croissance » avec des investissements dans des équipementiers automobiles tels que Valeo ou NXP Semiconductors, et dans les secteurs de la santé à travers Biogen, Stada, Cigna ou Orpea. Fin 2015, avec l'anticipation de normalisation monétaire aux Etats-Unis, le profil du fonds a progressivement muté vers la « value » avec l'introduction de valeurs industrielles (Thyssenkrupp, Prysmian, Terex) et de sociétés pétrolières (Royal Dutch Shell, Chevron).

L'identification de thématiques d'investissement permet selon nous de réduire le niveau d'incertitude et de sélectionner des acteurs solides dans un environnement de marché dynamique. Depuis la création du fonds, la majorité des thématiques d'investissement présentes au sein du portefeuille ont contribué de façon positive à la performance du fonds. 

Depuis le lancement du fonds, les thématiques d'investissement ayant le plus contribué à la performance du fonds sont le secteur automobile et les équipements technologiques. Le fonds n'a pas été investi sur les valeurs dites « GAFA » à ce jour. Les thématiques de la construction immobilière, des réseaux et infrastructures et la thématique du vieillissement ont également beaucoup contribué à la performance du fonds.

Actuellement, nos principaux axes d'investissement sont l'énergie et les matières premières, ainsi que les réseaux et infrastructures pour plus de la moitié du portefeuille dans l'optique de profiter de la croissance mondiale (nouveaux plans d'investissement, hausse de la demande de matières premières, etc.).

Comment votre portefeuille est actuellement positionné ?

Géographiquement à fin octobre 2017, le poids des Etats-Unis était de 44%, celui des pays de la Zone euro de 48% et celui du Royaume-Uni de 8%. Le portefeuille est totalement investi.

Au niveau des positions en portefeuille, nous détenons principalement des grands noms de la cote internationale liés à la croissance de l'économie mondiale et délaissés par le marché ces dernières années car ayant eu des accidents de parcours. La 1ère ligne du fonds est Nokia, dont 95% de l'activité est aujourd'hui liée aux réseaux suite à l'absorption d'Alcatel et à la cession de l'activité téléphone mobile.

Sa faible valorisation s'explique par les incertitudes de court terme sur l'évolution des dépenses d'investissement des opérateurs téléphoniques à travers le monde. Notre conviction sur le titre est liée aux annonces d'ATT (son 1er client) d'augmentation de ses investissements sur 2018, au déploiement de la 5G en Asie et aux gains de parts de marché de la fibre optique face au câble.

Suivant cette même logique, les principales sociétés en portefeuille enregistrent une valorisation particulièrement attractive et devraient bénéficier de la prise en compte d'éléments financiers (ex. : levier opérationnel, opérations de fusions et acquisitions, etc.) aujourd'hui ignorés par le marché.

Le fonds a fêté ses 3 ans le mois dernier, la performance est-elle au rendez-vous ?

Au 27 octobre 2017, date anniversaire du lancement de la part F du fonds FDC Transatlantique, le fonds a généré une performance nette cumulée de 58% contre 41% pour son indice de référence, le MSCI AC World dividendes nets réinvestis en euros. Ceci équivaut donc à une performance annualisée de 16,4% pour le fonds, contre 12,1% pour l'indice.

Les résultats sont très positifs pour le fonds, et nous sommes heureux d’être récompensés par des notations encourageantes de la part des consultants français et européens. Le fonds vient en effet de recevoir 5 étoiles chez Morningstar et se classe 11ème sur 448 fonds sur 3 ans selon Citywire.

Enfin, l'actif du fonds a atteint 117 M€ à la fin du mois d’octobre, soulignant l’intérêt des investisseurs pour la gestion proposée.

Quelles sont les perspectives, selon vous, pour le fonds FDC Transatlantique dans les mois à venir ?

Nous avons investi le fonds dans le cadre d'une amélioration de la croissance mondiale avec un biais sectoriel vers les infrastructures, l'industrie, l'énergie, et les matières premières. Les hypothèses de notre scenario sont une confirmation de la progression du niveau des prix aux Etats-Unis et en Europe, l'accélération du mouvement de normalisation monétaire, un début de repentification de la courbe des taux et une compression des multiples de valorisation. Si ces hypothèses se confirment, nous observerons une rotation sectorielle en faveur des secteurs cycliques décotés par rapport à la croissance défensive qui surperforme depuis 2009.

Un dernier mot ?

Lors de son lancement, FDC Transatlantique avait comme premier thème d'investissement le déphasage des cycles et des politiques monétaires américains et européens. Aujourd'hui, ce fil conducteur de l'investissement a muté, évolué. Fin 2017, le principal axe d'investissement est la resynchronisation des économies mondiales et, assez logiquement, des politiques monétaires à moyen terme.