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Elections législatives britanniques: Short term pain for long term gain?

Theresa May a perdu son pari lancé le 18 avril dernier, consistant à profiter de la faiblesse des Travaillistes au sein de l'opinion pour lancer des élections législatives anticipées. Cette manœuvre opportuniste visait à renforcer sa légitimité et son pouvoir dans le cadre des négociations sur le Brexit qui devaient débuter le 19 juin, si le calendrier n'est pas modifié d'ici là.

Fragilisée sur la scène internationale et au sein des Tories , Theresa May cherche à s'allier au parti irlandais Democratic Unionist Party (DUP) afin de constituer une coalition gouvernementale qui obtiendrait la majorité absolue. En raison des divergences qui se font jour entre ces deux alliés de circonstance, il est fortement probable que Theresa May soit amenée à adoucir sa ligne « dure » vis-à-vis du Brexit, fondée sur la sortie du marché unique européen et le refus de la libre-circulation des européens entre le Royaume-Uni et le continent.  

Le Royaume-Uni s'acheminerait alors vers un Brexit « doux » (soft Brexit) , qui pourrait s'inspirer du partenariat existant entre l'Union européenne et les pays membres de l'Association européenne de libre échange (Islande, Liechtenstein, Norvège, Suisse) : ces pays jouissent   du plein accès au marché unique en contrepartie d'une contribution financière au budget de l'Union Européenne, d'une acceptation des directives européennes (sauf en matière d'agriculture, de pêche, de justice et d'affaires intérieures) et d'une libre circulation des personnes. 

Il est illusoire que la Grande-Bretagne sorte de l'UE sans un large consensus politique et sans l'appui des couches les plus jeunes de la population. La ligne « dure » incarnée par T. May apparaît donc fragilisée. En outre, depuis l'annonce du Brexit le contexte a changé : la baisse de la livre a donné un coup de fouet aux exportateurs (comme nous l'avions anticipé), cependant la résurgence de l'inflation érode le pouvoir d'achat des plus pauvres et la politique plus restrictive de la réserve fédérale américaine et l'essoufflement du boom chinois pèse sur les perspectives de croissance. En outre, le retour de la France en Europe change l'équilibre des forces sur le Continent. Tout plaide donc pour une approche plus pragmatique et de long terme du processus.  

 

Quel est l'impact sur les sociétés anglaises qui représentent 54% de FDC Brexit ?

Le résultat de ces élections ne remet pas en cause nos choix structurels en faveur des entreprises exportatrices, peu exposées à la consommation domestique. La question de la sécurité et de la défense étant consensuelle, il est fortement probable que la mesure prévoyant une hausse des dépenses à un taux supérieur de 0,5% au-dessus de l'inflation soit conservée, ce qui est favorable aux valeurs de défense, qui représentent 13% du Fonds. Il est fortement probable également que le gouvernement mette en place un train de mesures de soutien à la croissance. Le 19 juin devrait également marquer le début des négociations sur le Brexit avec l'Union Européenne. Tout changement d'approche du gouvernement en faveur d'un «  soft Brexit » serait favorable aux entreprises britanniques dans leur ensemble, celles-ci bénéficiant alors d'un accès au marché unique. A court-terme, les sociétés exportatrices devraient bénéficier de la poursuite de l'affaiblissement de la livre Sterling, principal dommage collatéral de la montée des incertitudes tandis que les consommateurs anglais devraient continuer de pâtir d'une inflation importée qui érode leur pouvoir d'achat. Depuis le lancement, le fonds ne détient aucune société anglaise exposée à la consommation domestique et nous maintenons cette stratégie d'investissement qui privilégie les sociétés transnationales à l'image de Diageo, British American Tobacco dans la consommation non cyclique, Shire dans la pharmacie, GKN dans l'automobile, Carnival et Intercontinental dans les loisirs, Rio Tinto et Johnson Mattey dans les ressources de base, BAE Systems, Ultra Electronics, Smiths Group, Qinetiq dans la défense, Shell dans l'énergie.

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Il n'est pas surprenant que le pari raté de Theresa May trouve une résonance particulière dans les médias à l'heure où l'Union européenne se refait une virginité à bon compte, aidée par l'élection d'Emmanuel Macron et les errements de Donald Trump. Cependant, dur ou doux, « Clean » ou « Soft », le Brexit sera un long chemin pavé de négociations entre deux partenaires qui ont autant à perdre l'un que l'autre d'une rupture brutale : en 2015, 44% des exportations de biens et de services du Royaume-Uni se dirigeaient vers le continent d'où provenaient 53% de ses importations, l'Allemagne, les Pays-Bas et la France représentant respectivement 15%, 7,5% et 6,1% de ses importations. Dans ce contexte, nous sommes convaincus que l'économie britannique a tout à gagner de l'assouplissement des conditions sur sa sortie de l'Union Européenne et qu'à long terme, le Royaume-Uni bénéficiera du rééquilibrage de son modèle de croissance au profit de l'industrie manufacturière qui profite pleinement de la dépréciation de la Livre Sterling. Notre stratégie d'investissement est dimensionnée pour en bénéficier et nous pensons que les difficultés rencontrées actuellement par le Royaume-Uni constituent un point d'entrée opportun.

 

 

Achevé de rédiger le 15 juin 2017

Alexis Charveriat – Responsable de la gestion actions européennes