Journal

Non, la reflation n’a pas fait long feu

Après des chiffres d'inflation faibles au mois de mars (+1,5% en glissement annuel), l'évolution des prix à la consommation publiée au mois d'avril (+1,9% en glissement annuel) pourrait avoir des conséquences importantes sur la politique monétaire et les marchés de dettes.

Si l'évolution des prix se rapproche de l'objectif de stabilité visé par la Banque Centrale Européenne (BCE), c'est débarrassée de ses composantes dites « volatiles » qu'elle révèle la possibilité que quelque chose est en train de passer dans la mécanique des prix.

La chute des prix du pétrole commencée en 2014 s'est arrêtée au début de l'année 2016. Depuis, l'or noir a rebondi d'environ 50% pour se stabiliser autour de 54$/baril. Cet important mouvement fausse la lecture de l'évolution des prix, l'effet de base sur les prix énergétiques expliquant 70% de la variation du prix du panier représentatif de la consommation. C'est pourquoi, pour évaluer la diffusion de l'inflation au sein de l'économie, la Banque centrale surveille l'évolution des prix « cœur », hors énergie notamment.

Jusqu'alors l'inflation cœur était restée amorphe juste en dessous de 1% et la hausse des prix pétroliers ne se transmettait pas aux autres produits par « effet de second tour ». Au mois d'avril cette composante cœur des prix à la consommation a fait un saut à 1,2%, son évolution la plus rapide depuis mai 2013.

Effet de bord statistique en raison du calendrier des vacances de Pâques, ou bien début d'une mécanique inflationniste ? Il faudra confirmer cette mesure les mois prochains.

En attendant les risques déflationnistes ont bien disparu et d'autres signaux viennent corroborer un contexte favorable à un raffermissement des prix :

       -  le Bank Lending Survey indique une meilleure transmission de la politique monétaire à travers une hausse des prêts bancaires conduisant à une progression de la masse monétaire (M3) ;

       - même s'il reste à un niveau élevé (9.5%), le chômage continue de se résorber en zone euro ;

       - les indicateurs avancés de l'activité sont à des niveaux élevés et marquent une nette accélération.  

Même si les données restent à confirmer, il s'agit d'un premier signe d'une hausse concrète de l'inflation, qui pourrait conforter la BCE dans la réduction de son programme d'achat de titres, tout en compliquant en retour la tâche des pays « périphériques », qui devront faire face à des conditions de financement plus difficiles. La Zone euro demeure une entité où les variables naturelles d'ajustement sont bloquées. La transmission de la hausse des prix sur les marchés de taux d'intérêt risque de précipiter les ajustements inéluctables, au risque d'exposer les porteurs d'obligations à de fortes déconvenues. Contrairement à une idée reçue, « la reflation » n'a pas fait long feu, et il faut s'y préparer.