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Oui, on peut être protectionniste et libéral !

Oui, on peut être protectionniste et libéral !

« Le protectionnisme, voilà l'ennemi ! » C'est le nouveau credo des élites. Pourtant, le développement des grandes économies libérales s'est toujours fait à l'abri de lois protégeant l'industrie nationale. Ce sont les actes de navigation votés par le parlement anglais sous Cromwell (1641), qui ont permis le développement de la puissance maritime de l'Angleterre en assurant à la flotte un monopole sur le commerce avec les colonies. L'essor des manufactures en France n'aurait pas été le même sans le blocus napoléonien. De même, le développement industriel de l'espace germanique dans la seconde partie du XIXème siècle ne saurait être séparé du mouvement d'unification politique de l'Allemagne. Les choses ont-elles vraiment changé avec la « mondialisation » ? Il faut vraiment faire preuve d'une certaine candeur pour penser que les Américains, les Anglais, les Chinois, ne suivent pas leur intérêt national. Chaque pays pousse son avantage, en utilisant son droit, sa monnaie, son système de pensée. L'Allemagne elle-même s'appuie sur les Institutions européennes et le « respect des règles » (qu'elle ne cesse d'enfreindre et de tourner à son avantage) pour peser sur la France et l'Italie.

La véritable économie est politique, elle oblige à tenir compte du développement des échanges, des progrès de l'industrie et du commerce, mais aussi de l'état des forces productives, de l'histoire, de l'intérêt et des passions nationales.

En soi, le protectionnisme n'est ni bon, ni mauvais. Tout dépend du niveau de développement des pays. Le libre-échange avec l'Angleterre a profité à la France du Second Empire, il a tué dans l'œuf l'industrie portugaise ; l'ouverture aux produits chinois a précipité dans le monde une vague déflationniste majeure (dont on continue à sentir les effets) en conduisant à une désindustrialisation massive dans les pays développés. En cette matière, n'en déplaise aux positivistes, il faut quitter le terrain du Vrai et du Faux, pour le point de vue pratique et modeste de l'intérêt du pays. On ne voit pas en effet comment on peut surmonter les oppositions sans une référence à un commun dénominateur. Telle entreprise réalise l'essentiel de ses ventes à l'export ; telle autre peine à surmonter la concurrence de pays à bas coûts. A quelle aune privilégier l'une par rapport à l'autre ? Pour répondre à cette question, les idées générales ne sont d'aucun secours. Il faut se référer aux intérêts réels de la communauté politique.   

Pour nous Français, c'est une chose étrange que cette notion d'intérêt national soit dévaluée par ceux mêmes qui prétendent nous gouverner. Tout se passe comme si les Français étaient les seuls dans le monde à ne pouvoir se prévaloir de leur identité. Les idées de Rousseau et de Kant continuent d'infuser dans les esprits et de couler des tribunes. En face, les laissés-pour-compte de la mondialisation ont le sentiment que leurs intérêts ne sont pas défendus et s'enferment dans la nostalgie d'une France idéalisée. L'unité du pays n'a rien d'acquis. La France est comme écartelée entre l'Est et l'Ouest, entre les métropoles et les campagnes. Combiné avec un plan d'ajustement financier et le retour à la liberté monétaire, un protectionnisme intelligent permettrait d'accompagner la réindustrialisation du pays et de restaurer notre économie.  

Achevé de rédiger le 3 mai 2017

Emmanuel Sales