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Elections américaines : une opportunité pour les marchés d’actions ?

Aujourd'hui, l'essoufflement des politiques monétaires est un sujet d'inquiétude : privés du soutien monétaire, comment vont évoluer les marchés, alors que les bénéfices des entreprises stagnent depuis plusieurs trimestres ?  

L'élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis a surpris les investisseurs, et la violence des mouvements sur les marchés qu'elle a engendrés est à l'image de la radicalité des propos tenus lors de la campagne électorale. Néanmoins, la notion de « réaction des marchés » sur les deux dernières semaines, loin d'être intuitive, est à nuancer. L'idée dominante de « reflation » de l'économie américaine par voie d'investissements publics, qui était autant mise en avant dans les programmes de Mr Trump que de Mme Clinton, idée qui faisait écho aux analyses ou recommandations du FMI et de l'OCDE, a principalement pesé sur les marchés de taux et de changes, sans infléchir la tendance de reprise des marchés d'actions. Pourtant, plus que l'élection de Donald Trump, qui n'a fait que confirmer la tendance, c'est bien le Brexit fin juin 2016 qui a été le catalyseur de l'évolution des marchés financiers sur le second semestre 2016.

Nous avons ainsi assisté à une puissante rotation sectorielle sur les marchés d'actions internationales, qui s'est accélérée avec le résultat surprise de la présidentielle américaine, avec comme épicentre la hausse rapide des taux à long terme. Celle-ci a déclenché un arbitrage des secteurs défensifs, souvent lourdement endettés (alimentation, santé, services publics, télécoms) vers les secteurs de croissance (valeurs cycliques décotées) et les financières, entérinant le changement de rythme de l'inflation future. La vigueur de ce mouvement reflète bien évidemment la victoire de Trump à l'élection présidentielle, mais tout autant l'écrasante majorité du camp républicain dans la chaine décisionnaire, du Congrès au Sénat. Pour la première fois depuis des années, un même parti sera à la tête de la présidence de la Chambre des représentants et du Sénat, et aura donc la possibilité de mener à terme son programme politique sans concession, avec une capacité de blocage limitée de la part de l'opposition.

Pourtant, ce mouvement d'optimisme sur les marchés d'actions pourrait se heurter à la réalité économique. La forte appréciation du dollar, qui a accompagné la hausse des taux longs américains, contre toute les devises, pourrait produire les mêmes effets que ceux observés à l'été 2015 et fragiliser un peu plus les économies émergentes et les marchés de matières premières. Dans ce cadre, il serait difficile d'assister à une progression des marchés actions ou à une envolée des chiffres d'inflation, pourtant tant espérée. La grande incertitude de cette fin d'année et du début de l'année 2017 va être la capacité de la Réserve Fédérale à piloter au mieux son programme de hausse de taux pour en limiter l'impact sur l'évolution du dollar.

Quinze jours après le résultat des votes, il nous semble encore prématuré de tirer des conclusions définitives sur la future politique que mènera l'administration Trump. Sa première allocution vidéo traitant des mesures à adopter dans les cent premiers jours suivant son investiture n'a guère été riche d'enseignements. Seul le retrait des Etats-Unis du traité commercial Transpacifique traduit véritablement son programme économique de campagne dans les faits, sans en préciser les contours. A la nuance près que ce traité n'est pas encore entré en vigueur puisqu'il n'a été ratifié par aucun des pays concernés (12 pays dont les États-Unis, l'Australie et le Japon,  la Chine en étant exclue). Ce retrait n'a donc aucune conséquence économique sur la situation actuelle, Mr Trump s'orientant vers la négociation d'accords commerciaux bilatéraux avec ces pays préservant l'emploi et l'industrie aux Etats-Unis, sur fonds de « make America great again ». Le reste de ses annonces est dans la pure veine d'une politique républicaine conservatrice de renforcement de la défense et de la sécurité des Etats-Unis, avec la mise en place d'un plan complet de protection des infrastructures vitales et de protection contre les cyberattaques, l'annulation des contraintes dans la production de pétrole et de gaz de schiste (exhumation du pipeline Keystone, exportation de pétrole et de gaz), etc. A contrario, les promesses polémiques impactant la société civile américaine, telles que la construction du mur entre le Mexique et les Etats-Unis, l'expulsion de millions de migrants sans-papiers, la limitation d'entrée sur le territoire des musulmans ou l'abrogation de la réforme de santé Obamacare sont pour l'instant passées sous silence.

Pour la Financière de la Cité, si elle peut être source d'incertitude, l'inflexion du cycle monétaire crée surtout de nouvelles opportunités financières : la normalisation de la politique monétaire va permettre le retour de la confiance, tout en favorisant le redémarrage de l'activité. Avec des rendements plus élevés et le recul des craintes déflationnistes, les agents économiques seront plus portés à consommer et à investir. Dans cette phase du cycle, le consensus en faveur de politiques de relance des investissements, après une décennie perdue, va prendre le relais de la politique monétaire. Aux Etats-Unis, les politiques budgétaires expansionnistes vont profiter au renouvellement des infrastructures, aux transports, à la réfection des réseaux; en Europe, sur fond d'euro faible et de taux d'intérêts bas, les grandes sociétés exportatrices continueront de tirer leur épingle du jeu.

 

Bruno Demontrond, Responsable actions internationales - Financière de la Cité