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Editorial

CoVid-19 : interventions des banques centrales pour rassurer les marchés... et après ?

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann, Responsable de la recherche et de la stratégie macroéconomique

23/03/2020
 CoVid-19 : interventions des banques centrales pour rassurer les marchés... et après ?
La semaine du 17 février 2020 aura marqué la fin de la trajectoire ascendante connue par les marchés actions depuis plus de 10 ans. Une semaine marquée par l’émergence de la crise du Covid-19 au-delà des limites du continent asiatique et par la trop lente prise de conscience occidentale du potentiel défi sanitaire qui se présentait. La crise du Covid-19 apparaît alors sous un angle différent d’un point de vue économique. Si la propagation du virus aux mois de janvier et février en Asie n’a eu qu’un impact contenu sur les bourses locales et mondiales, notamment en raison de la réponse apportée par les différents gouvernements de ces pays, exemplaire si l’on écarte le cas de la Chine, c’est donc l’inadaptation de la réponse sanitaire adressée par les pays occidentaux qui est le véritable moteur de la crise. En effet, alors que le gouvernement coréen est parvenu à maîtriser la situation en appliquant une politique de tests massifs dès les premiers jours, les pays n’ayant pas agi de la sorte se sont vus contraints de procéder à des blocages, partiels ou complets, de leurs populations et de leurs économies.

Le niveau d’incertitude concernant la durée et l’intensité de ces blocages rend vain toute tentative de prédiction de l’impact de cette crise sur le PIB des économies. Cependant, les dernières prévisions des établissements financiers américains anticipent d’ores et déjà une chute de PIB historique pour cette année 2020 (-3.8% aux Etats-Unis pour Goldman Sachs). Sur le continent européen, la présidente de la Banque centrale européenne a pu annoncer un potentiel de baisse de l’ordre de 5% pour cette même année alors que les économistes de Goldman Sachs anticipent une chute de 9% du PIB de la zone euro. Face à la gravité de la situation, les autorités (Banques centrales et gouvernements) ont réagi en ordre dispersé.

Aux Etats-Unis, la première intervention économique a été le fruit de la Réserve fédérale, avec une baisse de son taux directeur de 50 points de base le 3 mars dernier. Depuis lors, les actions de la FED se sont multipliées, baisse des taux à 0 (soit une baisse totale de 150 points de base), mise en place d’un nouveau plan d’assouplissement quantitatif de 700 milliards de dollars le 15 mars, sans compter les multiples interventions sur les différents marchés soumis à des tensions concernant la liquidité. Après avoir injecté 327 milliards de dollars au travers d’achats de titres lors de la semaine du 16 mars, donnant le signal au marché que les 700 milliards annoncés seront atteints en quelques jours, la Réserve fédérales des Etats-Unis a pu annoncer un soutien illimité à l’économie américaine avant l’ouverture de la séance du 23 mars.

Contrairement au précédent de l’année 2008, la force et la rapidité de la réponse adressée par la Réserve fédérale des Etats-Unis ont pour le moment permis d’éviter la transmission de la crise au secteur financier, sans pour autant permettre une stabilisation des anticipations économiques qui ne pourra provenir que d’une amélioration de la gestion sanitaire de la crise du Covid-19.

D’un point de vue budgétaire, malgré les désaccords rencontrés au cours du week-end des 21 et 22 mars, le Congrès des Etats-Unis est finalement parvenu à proposer un plan de soutien économique au pays de 2 000 milliards de dollars, soit près de 10 points de PIB. Si le choc rencontré en cette année 2020 doit être comparé aux précédents de 1929 et de 2008, il ne fait aucun doute que la rapidité et l’ampleur de la réponse des autorités face apportée à la crise du Covid-19 marque un tournant. Alors que l’inadaptation et la lenteur des réponses ont pu être des causes, à des degrés différents, de l’intensité des crises précédentes, les autorités américaines semblent - pour le moment - avoir pris la mesure du défi actuel.
D’un point de vue économique, si la réponse budgétaire est adaptée sur le court terme, la réponse monétaire est la priorité sur le moyen et long terme. En effet, les autorités monétaires disposent de la capacité de sur-réagir aujourd’hui en injectant des liquidités de façon illimitée, tout en ayant la possibilité de corriger la situation en cas de surchauffe.

Seule la capacité des Etats à répondre efficacement aux enjeux sanitaires permettra la pleine prise en compte des efforts réalisés par les différentes autorités sur le plan économique. De ce point de vue, la très forte montée en puissance des capacités de tester la population aux Etats-Unis – passant de 7 000 tests par jour le 15 mars à plus de 100 000 tests par jour le 26 mars – pourrait permettre (sans être le scénario central) l’évitement du blocage complet du pays. L’enjeu étant ici de développer des capacités de test à un rythme plus élevé que la propagation du Covid-19 au sein de la population, dans le but de circonscrire et d’isoler les cas positifs.

En Europe, la première intervention de la Banque centrale européenne, datée du 12 mars, a pu considérablement décevoir les marchés financiers par sa faible ampleur. Une déception corrigée la nuit du 18 mars par l’annonce d’un plan d’assouplissement quantitatif de 750 milliards d’euros venant s’ajouter aux opérations déjà en cours, pour un montant total supérieur à 1 000 milliards d’euros. Si la BCE a été trop lente dans sa réaction, la décision prise ici montre un engagement sans précédent des autorités monétaires européennes. Cette décision est également une incitation claire pour les pays membres à engager un soutien budgétaire important à leurs économies. Enfin, lors de la nuit du 25 mars, la BCE a annoncé que son plan « PEPP » s’affranchira des limites préalablement fixées concernant le rachat de la dette d’Etat. Jusqu’à présent, la BCE ne pouvait dépasser le seuil de 33% de la dette d’un pays membre. Cette limite est abolie. Ainsi, chaque pays décidant de procéder à un emprunt obligataire sera assuré de voir une portion de ces nouvelles émissions s’afficher au bilan de la BCE.

Les diverses réunions européennes de cette semaine du 23 mars se résument à un échec. Que cela soit l’Eurogroupe ou le Conseil européen, les capitales européennes se sont révélées incapables de proposer une solution commune. Au 27 mars, l’asymétrie du choc (les pays les plus touchés sont l’Italie, L’Espagne et la France) devient peu à peu une source de division entre pays européens. L’apparition de cette fracture, cumulée aux enjeux sanitaires, constitue aujourd’hui un nouveau risque à prendre en compte.

Au-delà des initiatives économiques menées en Europe, la nécessité d’une action radicale sur le plan sanitaire apparaît comme le meilleur moyen d’aplanir la crise économique. De ce point de vue, le suivi quotidien des statistiques sanitaires et des moyens mis en œuvre pour contenir la propagation du virus est primordial pour ajuster les décisions d’investissement. Si la stratégie de tests massifs est déployée depuis un mois en Allemagne, et plus récemment en Espagne et en Italie, la France affiche un retard conséquent en la matière. De plus, l’absence de coordination des stratégies sanitaires au sein de la zone euro pourrait voir émerger des différences importantes en termes de durée de crise, ce qui pourrait fragiliser le potentiel de réponse commune à la crise, et aggraver la fracture naissante au sein de l’Union.

Conclusion

Au 27 mars, la propagation du virus au sein des pays occidentaux est toujours en forte hausse. Seule une inversion du taux de progression est à même de donner un signal positif aux marchés financiers. Un signal qui permettra également un ajustement plus clairvoyant au regard des annonces économiques d’ores et déjà prises par les différentes autorités, budgétaires et monétaires. A ce jour, la zone euro est l’économie la plus touchée. Concernant les taux d’intérêt, si les taux courts sont attendus à des niveaux durablement bas, une amélioration de la situation sanitaire pourrait avoir pour conséquence de voir une pentification de la courbe se mettre en place, notamment en raison de la nouvelle réalité à l’œuvre : la monétisation de la dette des Etats européens et américains, par le biais des banques centrales. Il est cependant encore trop tôt pour déterminer si les annonces actuelles s’ancreront dans la réalité​.