Journal

Editorial

Ce ne sont pas les taux bas qui minent la stabilité financière, c’est la mentalité des classes dirigeantes

Emmanuel Sales

Emmanuel Sales, Président

01/01/2020

Dans son dernier rapport, la BCE affirme que les taux d’intérêt bas constituent une « menace » pour la stabilité financière de la zone euro. La politique de taux bas, dit la BCE, mine la rentabilité des banques, hausse artificiellement le prix des actifs, encourage les investisseurs à prendre des risques inconsidérés, favorise la hausse de l’endettement public et privé. Voilà qui apporte de l’eau au moulin des économistes « orthodoxes » qui appellent à mettre fin aux « manipulations monétaires » de Mario Draghi. Inversement, tous ceux qui aspirent à une revue ambitieuse de la politique monétaire pour relancer la « croissance » en seront pour leurs frais.

La vérité, cependant, est qu’il n’existe pas de monnaie neutre. La monnaie est une réalité sociale. Elle reflète les équilibres entre les classes, notre rapport à l’épargne, au commerce, à l’Etat, etc. En faisant l’euro, les Français ont pensé, comme les constituants de 1791 avec le système métrique, choisir une unité qui ne renferme rien d’arbitraire, « ni de particulier à la situation d’aucun peuple ». La vérité est toute autre. En bloquant les variables naturelles d’ajustement que sont les taux de change, l’euro a favorisé la diffusion de la mondialisation et accentué le phénomène de polarisation économique en faveur des pays créditeurs, des grandes entreprises et des classes dirigeantes.

Face à cette réalité, la capacité du Président de la BCE apparaît limitée. L’opinion dominante est celle de la classe dominante. Chez nous, celle-ci a un inconscient déflationniste. Hauts fonctionnaires, cadres de grandes entreprises, financiers, consultants : la « compétitivité », la baisse des dépenses publiques, le libre-échange généralisé sont leur credo. Tant que cette couche ne sera pas touchée dans sa chair par les effets de la hausse de l’immobilier ou par la pression sociale venant des territoires, il y a peu de chances que le consensus politique évolue.

Consensus mercantiliste. La modification de l’environnement extérieur pourrait changer la donne. L’histoire de l’Europe a commencé en Chine, lorsque les dynasties Jin ont refoulé les Huns vers le Danube. Aujourd’hui, l’orientation autarcique de la politique du Président Xi et les progrès réalisés par l’industrie chinoise remettent en cause le consensus mercantiliste en zone euro. Depuis vingt ans, l’Allemagne surfe sur la demande extérieure chinoise. Dans un pays caractérisé par un sous-investissement public et près de 10 millions de travailleurs pauvres, la baisse inéluctable des importations chinoises va entraîner de cruciales révisions.

Si elle souhaite mener une politique de puissance, l’Europe doit donc s’appuyer sur son marché intérieur. Alors les taux d’intérêt remonteront, le prix des actions et de l’immobilier s’ajustera à la baisse et l’épargne sera mieux rémunérée. Le monde disposera d’une vaste zone de croissance qui pourra prendre le relais de la Chine et de l’Amérique.

La réduction des inégalités sociales et territoriales est ainsi le chemin le plus sûr pour restaurer la stabilité financière et retrouver des taux d’intérêt plus élevés. Il est difficile de faire admettre ces réalités à une bourgeoisie « progressiste » grisée d’idées générales. Pourtant le retour de la croissance est la meilleure façon d’éviter la destruction des liens sociaux et de sauver le capitalisme de lui-même.

Emmanuel Sales, président La Financière de la Cité.​


La Financière de la Cité propose un service de gestion d’actifs pour compte de tiers. Elle développe en priorité des relations d’affaires en direct avec de grands investisseurs institutionnels et privés. Elle gère en outre une gamme de fonds ouverts au public qui peuvent être souscrits à partir de tout intermédiaire financier.

Nous contacter

4, rue Berryer
75008 Paris, France

+33 1 53 93 38 30

+33 1 53 53 99 91


www.financieredelacite.com