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Editorial

La présidentielle américaine sera-t-elle un match des populismes ?

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann, Responsable de la recherche et de la stratégie macroéconomique

01/10/2019
La procédure d’impeachment lancée contre Donald Trump pourrait finalement nuire à Joe Biden, rattrapé dans les sondages par Elizabeth Warren dans la course pour l’investiture démocrate. Celle-ci, juge Nicolas Goetzmann, n’est pas si éloignée de certains des choix politiques de Trump.

Si Donald Trump est bien la cible d’une enquête susceptible d’entraîner sa destitution, la poursuite de cette procédure pourrait produire un résultat inattendu: la disparition pure et simple du «néolibéralisme» de l’offre politique américaine, quatre années après sa défaite de 2016. En ouvrant une boîte de Pandore dont Joe Biden, actuel favori des sondages, est le héros, le parti démocrate a choisi de prendre le risque de sacrifier la candidature du seul représentant encore en lice d’une politique économique fondée sur le «libre marché». Ce qui fermerait la porte à une ère débutée le 4 novembre 1980 avec l’élection de Ronald Reagan.

Le 24 septembre dernier, Nancy Pelosi, Présidente de la Chambre des Représentants annonçait l’ouverture d’une enquête relative à un échange téléphonique entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky - nouveau président ukrainien - après avoir longtemps résisté à cette tentation. Une décision prise d’abord sous la pression de l’aile gauche de son parti, devenue majoritaire, et dont les candidatures d’Elizabeth Warren et de Bernie Sanders sont les représentants.

Mais la destitution de Donald Trump ne pourra avoir lieu que par le vote d’un Sénat - à la majorité des deux tiers - dominé par le parti Républicain. Ce qui signifie qu’il faudrait voir une vingtaine de sénateurs républicains, sur cinquante-trois, abandonner Donald Trump à la veille de la campagne électorale. Un cas de figure qui suppose, d’une part, un retournement massif de l’opinion des électeurs républicains encore largement attachés au Président, et d’autre part, l’émergence d’une figure alternative permettant au parti de gagner l’élection. Ce scénario n’existe pas à l’heure actuelle. En l’absence de nouvelles révélations, l’enquête en cours apparaît au contraire comme une importante force mobilisatrice des électeurs de Donald Trump, tout comme de ses donateurs.

À l’inverse, cette enquête ne conduira qu’à la mise sous microscope du passé ukrainien de la famille Biden. Aussi bien concernant le choix de Hunter Biden, fils de l’ancien Vice-Président de Barack Obama, d’accepter l’offre de Burisma - géant gazier ukrainien- de siéger à son conseil d’administration, que des aptitudes diplomatiques de Joe Biden. Une «affaire» qui aura également pour effet de réveiller des accusations analogues à l’égard de Hunter Biden, pour ses activités menées en Chine alors qu’il accompagnait son père à bord de «Air Force Two» lors d’un voyage officiel à Pékin en décembre 2013. La campagne de Joe Biden se trouve ainsi lourdement fragilisée au moment même ou Elizabeth Warren réalise une percée dans les sondages.

Or, Elizabeth Warren n’a pas grand-chose à envier à Donald Trump lorsqu’il s’agit d’hétérodoxie économique. Si la première souhaite instaurer un large impôt sur la fortune au pays du libéralisme, alors que le second avait considérablement réduit les impôts des plus riches, les points d’accord entre les deux candidats restent nombreux, que cela concerne le scepticisme à l’égard des bienfaits du commerce international, de la position monopolistique des géants du numérique, ou encore de leur volonté de soutenir les dépenses d’infrastructures.

C’est également la question de la relation avec la Chine qui rapproche les deux candidats. Si les visions et les méthodes divergent évidemment, la volonté de traiter frontalement le problème commercial entre Washington et Pékin est partagé par les deux personnalités. Une thématique importante aux yeux des électeurs américains qui sont aujourd’hui 60% à avoir une vision négative de la Chine (ce qui représente une autre faiblesse de la candidature de Joe Biden, parfois considéré comme complaisant sur ce sujet).

Cette réalité n’a pas échappé aux investisseurs du pays. Ces derniers estimaient en mai dernier qu’Elizabeth Warren représentait la candidature la moins favorable au «marché» parmi les démocrates, tandis que plus des deux tiers considéraient que Joe Biden incarnait la position la plus favorable. C’est cette approche «market friendly» qui pourrait ainsi disparaître dans le jeu de la procédure de destitution.

Ce cas de figure ne peut pourtant pas être considéré comme surprenant dans un pays qui a offert la victoire de 2016 à Donald Trump sur la base d’un programme économique de rupture, à destination des travailleurs américains. Le glissement politique auquel nous pourrions assister au cours des prochaines semaines et des prochains mois ne serait alors que l’assimilation, par le parti démocrate, de cette «nouvelle donne» qui avait été comprise et portée par Donald Trump.

De la même manière, l’opposition politique à ce qui est régulièrement appelé «néolibéralisme» est également devenue majoritaire au Royaume-Uni. Boris Johnson et Jeremy Corbyn ne sont pas vraiment les premiers choix des «milieux d’affaires» britanniques, ce qui ne les empêche pas de dominer politiquement le pays.

Dans un monde occidental en proie à une transformation idéologique profonde, l’Europe et son obsession pour «la maîtrise des prix», les «déficits et la dette», le «multilatéralisme», la France et ses «réformes structurelles», sont en décalage profond avec un monde anglo-saxon qui pourrait accoucher d’un nouveau modèle capitaliste «d’économie à haute pression» plus favorable aux classes moyennes et populaires. Tout comme l’élection de François Mitterrand avait été en décalage avec les victoires de Margaret Thatcher et de Ronald Reagan lors de la charnière entre les années 70 et 80.


Analyse publiée dans Le FigaroVox : Lien vers l'article​

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