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Editorial

L’euro devrait être au cœur du grand débat national

Emmanuel Sales

Emmanuel Sales, Président

02/04/2019
3 600 milliards d’euros. Plus que notre dette publique (2 250 milliards), plus que notre PIB (2 280 milliards). C’est le montant que l’euro a coûté à la France. Le chiffre ne vient pas d’une officine liée La France insoumise, mais d’une étude du très sérieux Centre de politique européenne de Fribourg, qui comprend notamment Jürgen Starck (ancien membre du directoire de la BCE) et Frits Bolkestein, l’ancien commissaire européen. L’ordre de grandeur donne le vertige. Les conditions d’entrée dans la monnaie unique et la gestion de la crise financière par les autorités européennes constituent en fait un scandale majeur qui devrait être au cœur du débat national.

L’euro nous a appauvris et freine aujourd’hui la reprise. Quand on bloque artificiellement les taux de change sans faire converger les politiques économiques, ni mutualiser les budgets nationaux, l’ajustement des balances commerciales se fait automatiquement sur les prix intérieurs, l’emploi et les territoires périphériques. Cela explique le phénomène des Gilets jaunes, la dégradation de la situation italienne, le malaise général des jeunes générations.

Face à cela, l’Allemagne est le principal gagnant du système, avec un taux de chômage au plus bas depuis 20 ans, des taux d’intérêt à 0,10 %, des excédents courants records à 8 % de son PNB et un excédent budgétaire délibérément non recyclé au profit des autres nations de la zone euro.

Le mal est fait. Maintenant, il faut arrêter le massacre pour les 20 prochaines années ; à moins d’accepter d’envoyer à nouveau 4 trilliards d’euros en Allemagne et de se résoudre au déclin économique et démographique du continent.

Ajustement interne. L’étude en tire paradoxalement comme conséquence que « la France doit suivre avec rigueur la voie de la réforme du président Macron ». Les élites européennes privilégient toujours la voie de l’ajustement interne, qui est la plus longue, la plus douloureuse et la plus incertaine sur le plan politique. Le plus simple serait de retrouver notre souveraineté monétaire dans un système européen rénové et de mettre en œuvre un vrai plan de stabilisation financière. Les pays qui ont mené des réformes ont joué sur leur marge de manœuvre monétaire. Ce fut le cas du Canada, des pays scandinaves dans les années 1990, de l’Islande après la crise financière.

Si la monnaie ne crée pas la croissance, elle y contribue, comme en témoigne l’expansion européenne après la guerre ou à la fin du XIXe siècle. Plutôt que de pénaliser l’activité en réprimant artificiellement les variables financières, ne vaut-il pas mieux laisser les Etats sortir de l’euro pour retrouver des marges de manœuvre, quitte à y revenir ultérieurement ? C’est d’ailleurs la logique allemande, qui perçoit l’euro comme un contrat et non comme une fin en soi.

L’idée religieuse de « république étatique » (A. Boureau) continue d’imprégner nos dirigeants formés dans les collèges de Jésuites et rue Saint-Guillaume. Dans leur vision morale du monde, toute remise en cause des règles de fonctionnement de l’euro est un recul, une porte ouverte au repli sur soi. Pourtant, la vraie leçon des années trente, c’est que ce sont les politiques déflationnistes de Laval et du chancelier Brüning qui ont fait basculer l’Europe. Entre l’idée chimérique de « souveraineté européenne » et le retour des nationalismes, il y a une voie naturelle, celle de l’équilibre européen. Faute de pouvoir bâtir en ce monde la Cité de Dieu, contentons-nous de gérer la cité terrestre.

Emmanuel Sales

Article publié dans L'Opinion le 4 avril 2019

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